Loading...

Le Vietnam, une Startup nation ?

Publié par BLOG Laissez un commentaire

SE l’ambassadeur du Vietnam m’a posé la question suivante : comment le Vietnam peut se positionner pour devenir un moteur de l’innovation mondiale ? Il m’a inspiré l’article suivant.

Le numérique rend l’information liquide : elle se fractionne en toutes petites gouttes, elle voyage gratuitement, sans frottements jusqu’à l’autre bout du monde, et enfin la technologie lui permet d’épouser la forme du récipient, notre cerveau.

Grâce à cela une nouvelle économie naît sous nos yeux : des ressources jusqu’alors négligées deviennent accessible, enrichissant et complexifiant en même temps les échanges économiques. Il s’agit des flux non marchands : émotions, confiance, connaissance. Nous ne savons pas parfaitement les quantifier, les fractionner ni les stocker, mais grâce à la possibilité de personnalisation à très grande échelle que nous apporte la technologie, notre niveau de maîtrise progresse, nous pouvons les cultiver à l’échelle de populations entières.

D’une part cela fait tomber le mur entre vie professionnelle et vie personnelle, car si je peux vivre et exprimer pleinement mes émotions, mes opinions, ma confiance au bureau de la même manière qu’à la maison alors je suis la même personne dans les deux contexte.

D’autre part cela permet d’inventer des nouveaux modèles d’affaires : Facebook par exemple est une énorme plateforme où l’on partage de la connaissance “j’ai mangé un banh mi”, des émotions avec des smileys, et de la confiance avec le like et le partage. En fait, toutes les GAFA ont inclus ces flux non marchands dans le coeur de leurs opérations, c’est une caractéristique remarquable des entreprises 4.0

Mécaniquement, ces plateformes sont plus compétitives à mesure qu’elles grossissent, car avoir plus de données permet une meilleure personnalisation, donc une meilleure expérience pour l’utilisateur, donc une meilleure performance. Cette dynamique conduit automatiquement à l’émergence de monopoles naturels dans tous les secteurs de l’économie. Et comme l’économie est mondialisée, ce sont des monopoles mondiaux.

A tel point que cela remet en question la souveraineté des nations : aujourd’hui Facebook connaît mieux les vietnamiens que le gouvernement lui-même, et économiquement les plateformes extraient beaucoup de valeur des territoires où elles sont accessibles pour les concentrer dans leur pays d’origine (ou dans des paradis fiscaux). Les panneaux solaires chinois sont vendus avec un logiciel de contrôle à distance par internet qui est hébergé sur des serveurs chinois. A petite échelle, c’est pratique. A grande échelle, c’est notre indépendance énergétique qui est en jeu. Des puissances étrangères qui utilisent une technologie plus avancée pour priver un peuple de son indépendance, c’est déjà arrivé dans l’Histoire…

Cela remet aussi en question le modèle économique dont l’unité de base est l’entreprise à capitaux. Sur les plateformes comme Uber, Grab, AirBnB, la majorité de la valeur n’est pas créée par des salariés de ces plateformes, mais complètement en dehors par des utilisateurs qui savent conduire, accueillir, livrer.

Face à cette évolution, pour protéger la souveraineté de notre pays mais aussi rester parmi les économies les plus dynamiques du monde, il faut parvenir à réguler les plateformes étrangères ainsi que favoriser l’émergence de plateformes locales et au moins une mondiale.

Pour répondre à ces défis, il faut faire évoluer les habitudes des individus à grand échelle, c’est ce qu’on appelle l’innovation. Mais attention, Clayton Christensen nous explique il y a trois sortes d’innovation : innovation de durabilité, d’efficacité, et de disruption.

  • L’innovation de durabilité c’est améliorer de façon incrémentale nos pratiques de production. Cela n’a que peu d’impact sur l’emploi et nécessite peu de capital.
  • L’innovation d’efficacité c’est faire d’important gains de productivité pour fabriquer la même chose. C’est la robotisation qui détruit des emplois et optimise le coût de production donc libère du capital.
  • L’innovation de disruption est celle qui fait tellement gagner de productivité que le prix d’un produit ou service devient accessible à de nouveaux marchés, beaucoup plus large mais à plus faible marge. Les acteurs historiques se réfugient alors souvent dans le segment le plus haut de gamme, où les nouveaux entrants finissent par aller les défier une fois que leur domination du marché bas et moyenne gamme est établie. Cette innovation nécessite beaucoup de capital, mais c’est aussi la seule capable de créer beaucoup d’emplois.

Pour voir donc émerger cette innovation, il faut un écosystème favorable, et comme l’explique Nicolas Colin cela regroupe :

Savoir-faire : des ressources humaines éduquées et expérimentées. Heureusement grâce aux nouvelles technologies, la collaboration à distance est facilitée et l’importance de concentrer les talents dans un seul immeuble pour qu’elles se voient tous les jours est moindre. Néanmoins il reste important de se voir régulièrement, être dans la même ville ou le même quartier.

Capital : de l’argent disponible pour investir dans des projets à haut risque. Le Vietnam fait face à deux difficultés :

  1. ne pas avoir de personnes expérimentées en capital-risque, alors que les USA le pratiquent depuis plusieurs générations. Israël a réussi à dépasser cet obstacle en important le savoir-faire américain.
  2. Avec une économie en forte croissance, il est d’autant plus difficile de prendre le risque d’un projet de startup qui peut rapporter x1000 mais avec 1% de chance de succès, qu’il est très facile d’accéder à des projets immobiliers par exemple, qui rapportent 20% quasiment garanti.

Esprit révolutionnaire : Les entrepreneurs sont des gens qui imaginent quelque chose qui n’existe pas encore et qui mettent toute leur énergie pour le faire arriver. Pour cela il faut avoir l’esprit créatif et l’envie de défier la situation actuelle pour tester d’autres futurs. Un environnement qui permet de se tromper et de recommencer une nouvelle oeuvre est favorable à l’émergence de cet esprit. Les entrepreneurs sont, de ce point de vue, des artistes.

Un environnement favorable ne se réduit pas au développement en grande quantité de ces dimensions, mais il faut aussi que ces domaines se recouvrent, donc organiser la rencontre de tous ces acteurs. Mélanger les artistes, les businessmen, les financiers. Ne pas créer de zones de concentration trop grandes et trop uniformes, mais au contraire organiser la ville de manière à ce que toutes ces catégories se croisent au déjeuner, au café, pendant leurs pauses…

Si la 3ème révolution industrielle ressemble à une grande usine dont on dessine les plans pour la construire, la 4ème révolution industrielle est comme un arbre qui pousse dans une forêt : on apporte de l’eau, de la lumière, de la terre, mais on ne peut pas tirer sur la plante pour qu’elle pousse plus vite. L’arbre grandit en connection complète avec le reste de son écosystème, pour s’y adapter.

Laissez un commentaire